lundi 29 juin 2009

Mais Craignez Pour Votre Pension !


Le coût budgétaire du vieillissement à long terme sera plus élevé que ce qu'on avait prévu l'an dernier. Voilà ce qu'ont indiqué vendredi dernier le secrétaire d'Etat au Budget, Melchior Wathelet, et le président du Comité d'étude sur le vieillissement (CEV), Guy Quaden, gouverneur de la Banque nationale. Le rapport élaboré par ce dernier estime le coût budgétaire à prévoir à 8,2% du PIB entre 2008 et 2060, soit 2,3% de plus que prévu en 2007. Conclusion de Monsieur Quaden : il faudra que plus de personnes âgées de 55 à 65 ans travaillent. "Nous pourrons ainsi réduire les frais de pension et de prépension".

Déjà, Guy Quaden avait fait connaître son souhait d'en découdre avec l'indexation
des salaires, en commençant il est vrai par les salaires élevés, ce qui démontre de sa part un réel esprit de sacrifice, car le sien de salaire est élevé : brut, 474 792euros. Mais on voit mal la mesure s'arrêter aux cadres supérieurs, puisque "la plus grosse partie de leur rémunération n'est pas fixe mais variable: les bonus, primes et autres stock-option ne sont pas concernés par l'indexation", remarque la revue Trends, qui note au passage : "Et tout cela confirme une seule chose: la génération qui vient sera la première génération à vivre moins bien que les générations précédentes. "
Pour en revenir aux pensions, il semble paradoxal de vouloir remettre des aînés au travail alors que les pertes d'emploi tombent comme grêle. Mais les suggestions de Guy Quaden inspirent d'autres réflexions.
A ce sujet, Eric Toussaint, président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde de Belgique, fait remarquer :

Il n’y a pas si longtemps, la caisse des pensions dégageait régulièrement d’importants surplus dans lesquels le gouvernement puisait pour rembourser la dette au lieu de consolider le système pour préparer l’avenir. Pourtant, les effets du vieillissement de la population étaient tout à fait prévisibles. Les gouvernements belges successifs ont poussé à la constitution de fonds d’épargne retraite privés. Pour convaincre les citoyens, le gouvernement a employé deux tactiques : d’une part, leur faire peur en disant que le système public de retraite ne suffirait pas éternellement pour garantir des revenus suffisants ; d’autre part, les inciter à mettre leur épargne volontaire dans les mains des banquiers et des assureurs privés en offrant une réduction d’impôt. Dans le même temps, le gouvernement vendait au grand capital privé les dernières banques publiques comme la CGER (absorbée par Fortis) et le Crédit Communal (devenu Dexia). Le gouvernement et les autorités de contrôle ont laissé les banquiers et les assureurs privés spéculer avec l’épargne des citoyens au lieu de l’investir dans des projets socialement et économiquement utiles.
Guy Quaden, son collègue Jean-Paul Servais de la CBFA et le gouvernement sont responsables d’avoir laissé les banques et assurances belges prendre des risques totalement démesurés et, circonstance aggravante, avec l’épargne des citoyens belges. Les actifs placés par Fortis, Dexia et autres KBC aux Etats-Unis et en Europe orientale, les deux épicentres de la crise actuelle, sont beaucoup plus élevés que ceux des banques françaises, allemandes, hollandaises ou espagnoles (voir Damien Millet et Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette, 2009, p.12). C’est pourquoi la crise frappe beaucoup plus la Belgique et les autres pays européens qui ont énormément déréglementé comme l’Irlande et la Grande Bretagne.
(...)

En bout de course, les épargnants vont faire triplement les frais de la politique de l’Etat néo-libéral et des sociétés de banque-assurance : la valeur de leur épargne placée dans l’épargne pension a chuté entre 2007 et 2009 ; l’utilisation spéculative et improductive de leur épargne conduit aujourd’hui à des pertes massives d’emplois, alors que les actionnaires ont fait de juteux profits (quand cela marchait, cela procurait un rendement qui pouvait atteindre 15% versés sous forme de dividendes) ; les épargnants sont aussi des contribuables qui doivent financer l’augmentation brutale de la dette publique due à la manière dont Fortis, Dexia, Ethias, KBC ont été sauvés.

Pour garantir l’avenir de la sécurité sociale et du système des pensions, il faut mettre en œuvre des solutions radicalement différentes à celles qui sont à l’œuvre actuellement. Primo, il s’agit de réaliser une réduction radicale du temps de travail avec embauches compensatoires et maintien intégral du revenu afin d’accroître le nombre d’actifs cotisant et de garantir l’équilibre entre recettes et dépenses pour le système des retraites et la sécurité sociale. Il s’agit de créer un grand nombre d’emplois décents pour ceux qui n’en ont pas, tout en améliorant les conditions de travail de ceux qui en ont déjà. Deuzio, les pouvoirs publics doivent créer des places de travail dans les secteurs de la rénovation de logements, l’aménagement urbain, le développement des transports collectifs, la culture, la santé et l’éducation publiques. Pour cela, il faut augmenter les recettes de l’Etat par une politique fiscale faisant contribuer davantage ceux qui en ont les moyens. Tertio : arrêter les privatisations.

Guy Quaden annonce qu’il faudra faire des sacrifices pour réunir 10 milliards d’euros sur la période 2008-2014, mais avec le gouvernement belge, il s’est précipité pour dépenser plus du double de cette somme en une dizaine de jours, début octobre 2008, pour sauver Fortis et Dexia. Guy Quaden et le gouvernement ont laissé les patrons de celles-ci partir avec des parachutes dorés. Ils ne demandent à aucun des responsables du désastre de rendre des comptes à la justice. Dans les derniers mois, ils ont engagé quelques milliards supplémentaires notamment pour sauver KBC. Or il était nécessaire de nationaliser ces sociétés en faillite en récupérant le coup de l’opération sur le patrimoine des grands actionnaires et des administrateurs responsables du désastre. L’Etat aurait ainsi à sa disposition un puissant instrument pour investir dans l’économie réelle tout en garantissant l’épargne des citoyens.

Le texte complet de l'article d'Eric Toussaint se trouve ici


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Mots-clef : pensions, retraite, Quaden, CADTM, Toussaint, crise, emploi

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